Biographie de Jules-Emile Zingg (1882-1942)
Ou
Les Racines de la Terre
Né en 1882 dans les rigueurs du Jura, le peintre Jules-Emile Zingg a poursuivi un demi siècle durant sa passion inspirée et fiévreuse pour les métamorphoses de la nature.
Quittant très tôt sa région horlogère, où l'avait remarqué les instances de l'Ecole des Beaux Arts, il mène à Paris une vie de jeune rapin pauvre et de santé fragile.
Grand admirateur de Delacroix, élève de Cormon dont l'enseignement classique ne le satisfait pas, poulain de l'écurie des logistes du Prix de Rome en 1903, il doit interrompre ce temps de formation traditionnelle pour entrer sous les drapeaux.
Cette rupture sera décisive dans sa vie : « ...je ne pouvais me faire à l'idée de retourner à l'atelier... ».
Dès lors, commence un parcours solitaire, brûlant comme une entrée en religion et ponctué de rencontres majeures comme celle de Maurice Denis, des Nabis, de Gauguin, du Japonisme.
Sa manière se dépouille de tout superflu, il devient désormais lui-même « Jules Zingg », capable de capter « ...tout ce que la nature peut exprimer de plus dur, de plus âpre, de plus désolé »... selon ses propres mots.
En 1918, en compagnie de Vuillard, Bonnard et Serisier, une exposition chez Druet lui apporte la consécration.
Mais ce succès rapide n'émousse pas l'angoisse du combat de Zingg.
Partagé entre Paris et la force charnelle de la terre, succombant à la tentation séductrice de Montparnasse, puis, faisant boucler à toute hâte les valises à sa famille entière pour rejoindre ces villages perdus où il peint sans relâche, assailli par le vent, la neige, le vol blond de la paille dans l'air, il oscille entre l'exaltation et la tristesse : « ...ne compter que sur soi..., aller droit devant soi... »
Il balance entre l'hiver des forêts opaques et mystérieuses, opprimées de neige lourde, et, l'explosion lumineuse des blés dorés que l'on récolte à la faucille.
A travers ces saisons alternées, dans ces rythmes venus du fond des âges, passent des silhouettes de paysans qui nous paraissent, avec le recul du temps, « des militants venus d'un autre monde ».
Jules Emile Zingg meurt en 1942.
Retrouver aujourd'hui intactes les étroites rues de villages où marchent des écoliers minuscules, les toits chargés de blancheur, les arbres aux branches noueuses comme des bras, les collines rondes plongées dans le silence, les broussailles exubérantes devient une sorte de bain salutaire.
Zingg, avec la puissance ramassée de son trait et la violence sourde et fauve de ses couleurs, nous apporte cet essentiel qui nous quitte « les Racines de la Terre... »
Michelle Tourneur
Exposition de Jules-Emile Zingg.